
La ceinture de sécurité, je la retire de l'épaule pour la dixième fois en une heure, cherchant l'angle qui ne comprime pas mon ventre sans devenir inutile en cas de freinage brusque. Le compteur du trajet n'affiche qu'une petite partie des six heures qui nous séparent encore de la côte, et déjà mon corps proteste contre cette position assise qui s'éternise. À environ vingt semaines, en plein deuxième trimestre, ce moment où l'on se sent encore vaillante mais où le bas du dos commence à tirer, je comprends qu'un long trajet en voiture enceinte — un vrai voyage enceinte de plusieurs heures — demande une vraie attention à la sécurité routière, pas seulement un bon GPS et une playlist pour passer le temps.
Juste la veille, en revenant du marché bio de la place Broglie avec un sac de fruits secs et de petits gâteaux pour la route, cette appréhension m'avait déjà saisie au creux du ventre : et si quelque chose se passait mal, loin de tout repère connu ? Cette anxiété-là traverse beaucoup de grossesses sans annoncer rien de grave, je l'ai compris depuis, mais sur le moment, impossible de s'en convaincre complètement.
L'installation dans la voiture : premiers gestes de sécurité routière
Une fois installée côté passager, j'ai dû revoir toute mon organisation de copilote. Le siège, je l'ai reculé au maximum pour garder de la distance entre le tableau de bord et mon ventre, même si on m'avait rassurée sur le fait que l'airbag n'est pas contre-indiqué. Mon corps avait déjà assez changé pour que l'ancienne position, bras tendu vers le sac de biscuits à l'arrière, ne soit plus possible sans contorsion.

La question de la ceinture de sécurité m'a occupée un bon moment : est-ce que ça n'allait pas trop serrer le bébé ? On m'avait expliqué de la faire passer bien bas, sous le ventre plutôt qu'au milieu, et de vérifier régulièrement qu'elle ne remontait pas avec les mouvements de la route. J'avais aussi glissé un petit coussin dans le creux du dos, parce que rester assise des heures finit par créer une tension sourde vers le bas du dos.
Avant de partir, j'avais enfilé mes bas de contention dans la pénombre de la chambre — un vrai combat avec un ventre qui commence à gêner, mais une sensation de maintien vite devenue précieuse. Je ne suis pas médecin, loin de là, mais ma sage-femme m'avait prévenue que rester immobile aussi longtemps augmentait pas mal le risque de thrombose ou de phlébite chez la femme enceinte. Alors j'ai gardé ces bas, même serrés, pendant tout le trajet.
Mon compagnon avait pensé aux bouteilles d'eau fraîche à portée de main, ce qui n'était pas du luxe : la climatisation assèche plus qu'on ne le croit, et enceinte, on a souvent besoin de boire bien plus que d'habitude. J'avais déjà creusé le sujet dans un texte à part pour suivre mes conseils pour bien s'hydrater pendant la grossesse sans effort, et ces conseils m'ont bien servi pendant ces heures d'autoroute.
Et si les nausées reviennent sur la route ?
Les nausées du premier trimestre, je pensais les avoir laissées derrière moi, mais les odeurs d'essence sur l'aire d'autoroute et les virages un peu secs m'ont rappelé à quel point le ventre reste sensible plus longtemps qu'on ne l'imagine. Les bracelets anti-nausées Sea-Band, essayés plus tôt dans la grossesse en espérant un miracle, n'ont strictement rien changé ce jour-là, ni au calme ni à la boule au creux de l'estomac. Ce qui a fini par aider, c'est bête à dire, mais c'est surtout de garder le regard droit vers l'horizon et de refuser absolument de lire sur mon téléphone pendant que la voiture roulait.
Les pauses comptent plus que le chrono

On s'était fixé une sorte de règle maison : s'arrêter environ toutes les deux heures, sans attendre d'en avoir vraiment besoin. À chaque aire d'autoroute, je ne cherchais pas le café mais un coin d'herbe pour marcher un peu, étirer mes mollets et vider ma vessie, déjà bien compressée à ce stade de la grossesse. Bouger un peu à chaque pause, même cinq minutes, fait sans doute partie de ces gestes simples qu'on garde volontiers pendant toute la grossesse, pas seulement en voiture.
Écouter son corps plutôt que suivre une règle
Au début, j'avais plutôt envie de m'arrêter toutes les heures, par peur de trop fatiguer le bébé ou moi-même. Multiplier les pauses à ce point s'est vite révélé contre-productif : le trajet s'étirait sans fin, et la fatigue nerveuse de ne jamais arriver finissait par peser plus lourd que la route elle-même. Le bon rythme, je l'ai trouvé en écoutant mes propres signaux, les jambes qui picotent, la nuque qui se raidit, plutôt qu'en suivant une horloge de façon rigide.
Vers la quatrième heure de route, le doute s'est installé pour de bon. Des fourmillements dans les jambes et une lourdeur que même les bas de contention ne semblaient plus contenir m'ont forcée à bouger sans arrêt : petits cercles avec les chevilles, fessiers contractés, dossier incliné différemment toutes les dix minutes. Quelques tiraillements dans le bas du ventre m'ont fait paniquer un instant, de vraies contractions, avant que je comprenne que c'étaient sûrement les ligaments qui tiraient à force de cette posture assise prolongée. Pour qui s'inquiète de la même chose, j'avais raconté ailleurs comment j'ai appris à reconnaître les contractions de Braxton Hicks sans paniquer, ce qui aide à faire le tri entre une vraie alerte et l'inconfort banal d'un trajet trop long.

Cette nuit-là, à l'arrivée, épuisée par la route et par des semaines où je ne dormais plus que par tranches de deux heures entre les envies pressantes et les crampes dans les mollets, j'ai dormi trois heures d'affilée pour la première fois depuis sept semaines. Pas de grand sentiment de victoire, juste un sommeil plus long que les autres, et le constat que le corps sait parfois mieux que l'esprit quand il a besoin de lâcher prise.
Prune, Yolande et les questions qu'on n'ose pas poser
Au cours de préparation à l'accouchement, j'avais mentionné ce grand trajet à venir, et Yolande Stöckel, assise à côté de moi depuis la première séance, a posé la question que personne d'autre n'avait osé formuler : est-ce qu'on a vraiment le droit de s'éloigner autant de la maternité quand on est enceinte ? La réponse, je l'ai cherchée moi-même après coup, pas de règle universelle, surtout un mélange de bon sens, d'avis de sa sage-femme et de confiance dans son propre corps.
De retour au bureau, le jeudi suivant, Prune Siegrist a voulu tout savoir, dans l'ordre et avec cette méthode qui la caractérise : la ceinture, le rythme des pauses, l'eau, les bas de contention, et puis, bien sûr, une question de plus que je n'avais pas anticipée, sur ce qu'on fait si on doit s'arrêter dans un endroit sans aucune pharmacie à proximité. Pas encore enceinte elle-même, mais curieuse de tout, elle notait presque mentalement chaque réponse, comme pour un trajet qu'elle ferait un jour.
Ce trajet m'a appris une chose simple
Au retour vers Strasbourg, fin août, mon ventre était déjà plus rond qu'à l'aller, et l'expérience du premier trajet m'avait clairement servi : moins de stress, une organisation presque rodée. On a pris notre temps, évité les heures les plus chaudes, et gardé les bas de contention malgré les taquineries de l'entourage sur mon look de « touriste en chaussettes ».
La leçon, s'il devait n'en rester qu'une, tient en une phrase simple : un trajet long ne se prépare pas avec un itinéraire parfait, mais avec la permission de s'arrêter, de bouger et de changer d'avis en cours de route. Si quelque chose vous inquiète pendant un déplacement de ce genre, mieux vaut en parler avant le départ à sa sage-femme ou à son médecin plutôt que de deviner depuis le siège passager, la santé maternelle ne se négocie pas sur l'autoroute.
Dix minutes de pause, une ceinture de sécurité bien ajustée et de l'eau à portée de main : parfois, c'est tout ce qu'il faut pour transformer une épreuve en souvenir de route presque paisible.